D’après cet article, le voyage débute le vendredi 15 juin suite à la prise en main de la 7S flambant neuve, par une descente sur Marseille: « Jusqu’à Marseille, nous ne croisons pas plus de cinquante voitures. Arrivés à Bonifacio, nous sommes obligés de faire garder... » etc.

 

C’est ici que nous nous heurtons au premier problème: le port d’attache de l’« Île de Beauté », le Paquebot-Yacht de la Compagnie Fraissinet que les Usines Citroën avaient affrété pour la traversée vers la Corse était bien Marseille, mais d’après la documentation d’été 1934 dont je dispose, le bateau rejoignait la Corse au départ du seul port de Nice. Il quittait Marseille  tous les samedi matin à 8.30 heures pour atteindre Nice vers 19.00 heures, ayant fait des escales à Toulon, Porquerolles, St Tropez et Cannes. Puis, pendant toute la semaine, il faisait les voyages entre Nice et la Corse, le port de destination en Corse étant alternativement Calvi et Île-Rousse. Puis tous les vendredis à 8.00 heures, l’« Île de Beauté » repartait en direction de Marseille pour arriver dans son port d’attache à 19.00 heures.

 

Quel serait l’intérêt de Louÿs à vouloir passer par Marseille, puisque la Nationale 7 mène directement à Nice, Marseille représentant un petit détour. De plus, aucune photo ne semble avoir été prise à Marseille. Serions-nous en présence d’un trou de mémoire (bien légitime) de la part de Pierre Louÿs, au moment donc où il était âgé de 81 ans? Sincèrement je pense que c’est le cas, car en plus, nous disposons d’une belle palette de photos prises en … Savoie, mettant en scène notre 7S, Nika et Eugène Michel. Et la Savoie ne présente qu’un léger détour sur la route vers la Méditerranée, argument supplémentaire pour notre supposition. Ce voyage avec la 7S n’a donc pas seulement été un Tour de Corse, mais aussi un Tour de France partiel.

 

Dans la suite, le signe (o) de couleur bleue indique un endroit où des photos ont été prises, et le signe (o) de couleur rouge indique un endroit où des photos ont été prises et dont l’image est publiée sur notre site.

 

Reprenons dès le début: Le voyage débute donc le vendredi 15 juin par une descente soit par la N6, soit par la N7 vers Lyon, puis on passe Grenoble pour emprunter la N91 qui remonte le cours de la Romanche, en passant le Bourg d’Oisans pour s’engager dans la Vallée du Vénéon (o) par la N530 (actuelle D530), où plusieurs prises de vue sont réalisées au Bourg d’Arud (o), au Pont du Diable (o) et dans le massif de la Bérarde (o) où la route en mauvais état présente un cul-de-sac. On rebrousse chemin en reprenant la N91 pour continuer en direction est par le Col du Lautaret en direction de Briançon. En route, plusieurs photos sont prises dans le Massif du Pelvoux (o).

Pierre Eugène Louÿs (1894 -1976), nommé directeur des services artistiques et photographiques des Usines en 1924, fut le réalisateur des somptueuses publicités Citroën, dont le fleuron fut le calendrier publicitaire réservé aux concessionnaires qu’il édita chaque année entre 1931 et 1935.

Au printemps 1934, Louÿs fut chargé de concevoir le calendrier pour l’année 1935. De grande dimension (30 x 40 cm), il devait être composé de 365 photos différentes ayant comme sujet les Usines ainsi que la nouvelle «7» prise dans des décors extérieurs et mettant en vedette une jeune élégante, Nika, un mannequin anglais âgé d’une vingtaine d’années dont le père était ténor à l’Opéra de Leningrad. Elle était une amie du beau-frère de Louÿs.

Eugène Michel, l’assistant photographe de longue date de Louÿs, fit partie du voyage qui les emmenait via les Alpes et Nice vers « l’Île de la Beauté ».

1° La 7S du Calendrier Citroën 1935:

Ce fut une 7S gris Perle monochrome mise à disposition de Pierre Louÿs par les Usines le vendredi 15 juin 1934, immatriculée 5848 RJ, numéro attribué en avril 1934 à Paris. Nous verrons plus loin la particularité de cette immatriculation. A noter que le type 7S, passé aux mines le mardi 29 mai 1934, ne sera fabriqué qu’à partir du vendredi 15 juin 1934 et commercialisé à partir du 1er juillet 1934… Ce qui veut dire en clair que la 7S qui nous intéresse ici est sûrement une des toutes premières 7 Sport, peut-être même une voiture de présérie. Un argument en faveur de cette théorie est le capot à volets encore muni de volets ouvrant tous dans le même sens, comme sur les 7A et 7B. La photo suivante montre bien ce détail particulier.

Plan de ces deux pages:

1° La 7S du calendrier  1935

2° Le Tour de France partiel

3° Le Tour de Corse

4° Le retour sur Paris

5° L’immatriculation  5848 - RJ

6° Quelques utilisations des photos du voyage

La 7S avait un moteur de série de 78 x 100 de 46 CV à 3800 tours/minute. A côté des trois personnages que nous connaissons maintenant, il y avait à bord plus de 80 kg de bagages, y compris un équipement photographique complet ainsi qu’un drap noir opaque de 8 mètres sur 8 mètres (64 m2 !!) servant d’abri pour charger les plaques.

 

Jusqu’à ce jour, très peu de détails étaient connus concernant ce voyage, les rares données provenant de l’excellent ouvrage « LA TRACTION, un roman d’amour » de Jacques Borgé et Nicolas Viasnoff paru en 1975 aux Éditions Balland. On y trouve deux pages très concises apparemment rédigées suite à un entretien avec Pierre Louÿs qui était âgé à ce moment de 81 ans. Me basant sur ces mémoires, j’ai essayé de reconstituer le trajet présumé d’après les photos originales dont les auteurs du site disposent, en tenant compte des rares détails connus: que le tour en Corse avait apparemment débuté par le trajet du port de Bonifacio (extrême sud de l’île) au Cap Corse (extrême nord de l’île), et que le retour à partir de Nice s’était fait d’une seule traite. En marquant sur du matériel cartographique Michelin de 1934 les endroits photographiés, j’ai tenté de reconstituer le trajet en tenant compte du chemin le plus logique et de l’état des routes très précaire sur certains trajets. Chacun de vous peut bien sûr reconstituer son propre trajet hypothétique. A moins que quelqu’un n’ait des informations plus précises à ce sujet.

 2° Le Tour de France partiel:

A Briançon, montée par la N202 (actuelle D902) qui longe la Cerveyrette vers Cervières (o) en passant par le Col de l’Izoard pour descendre par les Gorges du Guil (o) vers Guillestre. De là, on continue par la D902 en passant par le col de Vars, la D900, la D64 dans le parc National du Mercantour, la D2205 et la N202 direction Nice. De ce dernier Tronçon, il n’y a pas de photo connue. On retrouve toute une foule d’images prises dans les environs de Nice. Près de St Paul de Vence (o), prises de vue aux Tourrettes-sur-Loup (o). Sur la Côte d’Azur, on retrouve des images du Cap Roux (o), de Trayas (o), de Miramar (o), de Théoule-sur-Mer (o), du Port de Cannes (o), d’Antibes (o) et de Cagnes-sur-Mer (o).

Collection G. Loos

© Michelin 1934

Deuxième partie du voyage de Briançon à Nice

De Paris à Grenoble, belle route et environ 550 kilomètres, donc trajet faisable en 10 heures de route. La suite du trajet est beaucoup plus pénible. Il est vrai que les routes en 1934 sont autrement mauvaises qu’en 2004. Ce que l’on considérait comme une « route nationale » en bon état en avant-guerre ne mériterait même plus la dénomination « départementale » de nos jours. Dans les Alpes et en Corse, les chemins non consolidés constitués de terre battue ou de pierres tassées sont la règle. Pour vous illustrer ces propos, nous vous montrons la route N566 (actuellement D21) de Peïra-Cava vers Nice prise en photo en 1933 (voir carte ci-dessus marquée d’un ovale vert) catégorisée « route pavée ou goudronnée en bon état ». Imaginez alors une route catégorisée comme mauvaise…. ou regardez plus loin une image de ces routes corses!

Plus loin, le récit nous livre le passage suivant: « A Bonifacio, nous rembarquons sur l’« Île de Beauté ». Notre voiture, la seule, est soigneusement arrimée sur le deck du navire… ». Voici le deuxième problème, mais les explications fournies jusqu’ici vous ont déjà convaincu, non? Ce cas de figure me semble bien loufoque, car dans ce cas, ou bien ils auraient fait la moitié du tour de l’île, ou bien ils l’auraient fait une fois et demie… Les photos sont là pour infirmer ces hypothèses.

 

De Calvi, on progresse vers Porto (o) - La Spelunca (o) - Evisa (o) - Col de Vergio (o) - Forêt d’Aitone (o) - retour vers Porto - Piana avec ses Calanches (o) - Cargèse (o) - Baie de Sagone (o) - Ajaccio (o) - Îles Sanguinaires (o) - Olmeto (o) - Baie de Propriano et son port (o) - Bonifacio (o) - Porto Vecchio (o) - route vers l’Ospedale (o) - Aiguilles de Bavella (o) - Col de Larone (o) - Solenzara (o) - Défilé d’Inzella (o) - Défilé des Strette (o) - Muracciole (o) - Riventosa (o) - Casanova (o) - Cap Corse (o) - Nonza (o) - Golfe de St Florent (o) - retour par le port de l’Île-Rousse (ou bien Golfe de St Florent - Lumio - puis retour par le port de Calvi), mais nous ignorons la variante retenue par l’équipe.

 

Ce que nous devons retenir des routes corses, c’est qu’elles étaient extrêmement mauvaises, surtout du côté Sud et Est ainsi qu’au centre de l’île. La carte nous montre des chaussées classées « mauvaises et très mauvaises », et l’histoire du sparadrap prend une signification réelle.

Regardons la suite de l’article: « Arrivés à Bonifacio, nous sommes obligés de faire garder la voiture par des gendarmes, car 25 gosses l’ont pris d’assaut. Nous allons jusqu’au Cap Corse par une route pleine d’ornières. A force de louvoyer entre les trous, j’ai mal aux poignets et je suis obligé de mettre des bracelets de sparadrap. Nous nous arrêtons de temps en temps pour faire des prises de vues … ». 

 

Le tour de l’île s’est donc fait dans le sens contraire des aiguilles d’une montre, non pas au point de départ de Bonifacio comme pourrait le laisser sous-entendre ce passage du récit, mais au départ du port de Calvi (o) situé au nord-ouest de l’île. Comme nous avons vu plus haut, le Paquebot-Yacht « Île de Beauté » ne rejoint que deux ports au nord de la Corse, mais en aucun cas Bonifacio situé à l’extrême sud de l’île. Deux possibilités se présentent: ou bien c’est encore la mémoire qui joue un tour à Pierre Louÿs, ou bien on a pris un autre navire. La photo publiée ci-dessous nous montre une 7S pimpante qui n’a visiblement pas encore affronté les mauvaises routes de la Corse et qui pourrait donc bien être prise tout de suite après le débarquement. Et au fond, l’on retrouve bien … le paquebot « Île de Beauté » (voir notre page spéciale). Donc, peu de doute sur notre supposition: on a bien pris ce navire et on a débarqué à Calvi. Sinon, ce seraient un peu trop de coïncidences, non?

3° Le Tour de Corse:

Pentagone:  SUITE DE L’ARTICLE   2
Zone de Texte: Les différences 
entre 7S et 11AL

Les 7S

connues

Zone de Texte: La 7S du Raid
Paris - Moscou
Zone de Texte: La 7S du Tour de
France et Belgique
Zone de Texte: La 7S des Records
(Rosalie Vll)
Zone de Texte: Le cabriolet 7S de
Jacques Schwab 
Zone de Texte: Les 7S
survivantes
Zone de Texte: SPECIAL 
7S et 11AL
Zone de Texte:

Les 11AL connues

Zone de Texte: La 11AL des 400.000
km Lecot (1) (2) (3)
Zone de Texte: Les 7S, 11AL et 11A Paris-Nice 35 (1) (2)
Zone de Texte: La 11AL du  Magasin l’Europe
Zone de Texte: La 11AL des 100.000 km (Rosalie lX)
Zone de Texte: Les 11AL
survivantes
Zone de Texte:
Zone de Texte: Zone de Texte: La 11AL des 400.000
km Lecot (1) (2) (3)
Zone de Texte: La préparation d’un
Grand Raid Routier
Zone de Texte: Le pari de
François Lecot
Zone de Texte: La 7S du Raid
Paris - Moscou
Zone de Texte: Le restaurant Lecot
à Rochetaillée
Zone de Texte: La 7S du Tour de
France et Belgique
Zone de Texte: Les retombées publicitaires du Raid
Zone de Texte: Zone de Texte: Zone de Texte: Zone de Texte: Le raid Lecot dans
Presse (1) (2)
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La 7S du Calendrier Citroën 1935 de Pierre Louÿs (1re partie)

Traction Avant 1934-1935