De retour à Nice, on s’aperçoit que le carter d’huile de la 7S présente une fuite, due aux mauvais chemins de la Corse, mais ce n’est qu’à Lyon que l’on prend l’initiative de faire réparer. Bien qu’il soit déjà très tard, Pierre Louÿs décide de continuer le retour sur Paris, car son congé devait commencer le lendemain.

 

Ayant conduit toute la nuit à vive allure, Pierre Louÿs s’assoupit au volant de la 7S vers 6.00 heures du matin dans la région de Fontainebleau et à la suite d’une embardée finit par s’encastrer sous la remorque mal éclairée d’un camion. Pas de blessures notables (grâce à la structure solide de la monocoque), mais toute la face avant, le pare-brise et le toit de la 7 Sport étaient déformés. On ne connaît pas le destin final de la pauvre 7S malmenée. Mais une découverte amusante va nous apporter de nouveaux éléments et peut-être faire avancer l’histoire....

Belle ambiance dans une rue d’Ajaccio. Les pavés grossiers évoquent encore la rue du 19e siècle, et la 7S fait vieillir instantanément toutes les autres voitures qui peuplent cette rue… toutes? Non, regardez derrière Nika, une 7 pointe le museau, et si vous regardez bien, il y a les pancartes « 7  EN RODAGE  7 » dans sa lucarne arrière, typique des premières « 7 » sorties d’usine.. Et puis derrière, une Renault qui semble sortir d’un autre âge...

...et en tenue légère sur une plage, en compagnie de la 7S.

Nika en tenue estivale avec Eugène Michel devant un mausolée...

Dans le port de Propriano. Remarquez l’ombre de plusieurs personnages sur le flanc droit de la 7S (cette photo a été publiée dans le calendrier sur la feuille du 9 juillet, mais il semble que cette image ait échappé au contrôle de Pierre Louÿs qui l’aurait retouchée). Une plage foncée (flèche rouge) sur la jante et le pneu avant ne laisse présager le pire. Vu à la loupe, ceci ressemble furieusement à de la graisse qui déborde sous l’enjoliveur et qui me fait penser à une rupture du roulement extérieur de la roue (ayant eu exactement le même problème en 2000).

Collection G. Loos et J. Collignon

4° Le retour sur Paris:

Quelle a été la durée du voyage?

 

Rien n’est sûr, mais j’essaye d’y répondre par la logique.

 

Départ le vendredi 15 juin 1934 (voir calendrier 1934). Le trajet Paris-Nice décrit précédemment passant par la Savoie fait plus ou moins 900 kilomètres, et on peut penser que l’embarquement pour la Corse s’est fait autour du lundi 18 juin.

 

Je pense que 4 semaines suffisaient pour effectuer le périple de 2500 kilomètres (Paris-Nice par la Savoie et Nice-Paris par la RN 7 font plus ou moins 900 kilomètres et le Tour de la Corse peut être ramené à une distance de 700 kilomètres, détours éventuels de 100 kilomètres inclus).

 

Retour au plus tard le vendredi soir 20 juillet (dernier passage de l’« Île de Beauté » de la semaine). Ce qui nous fait 5 semaines en tout, ce qui devrait suffire pour le périple et les prises de vue nombreuses.

 

Combien de photos ont été prises?

 

Plusieurs centaines sûrement. Il ne faut pas oublier que toutes les photos prises n’étaient pas utilisables suite à des défauts de qualité, de prise de vue, etc. Toutes les photos utilisables n’étaient pas utilisées non plus. Pas toutes les 365 photos du Calendrier 1935 ont comme motif le voyage de la 7S, et nous vous montrons plus loin les autres utilisations des photos prises lors de ce voyage. Mais tout le matériel photographique de ce voyage n’a sûrement pas été publié, et en plus, les archives des Usines ont brûlé suite au bombardement des Usines pendant la guerre. Au grand désespoir de tous les collectionneurs….

On peut voir Jacqueline à côté de « sa » Traction lors du Concours d’élégance de Deauville du lundi 23 juillet 1934 (photo ci-dessous). Une des seules sources sur son cabriolet est un récit (in: « LA TRACTION, un roman d’amour » de Borgé et Viasnoff déjà cité auparavant) où Jacqueline décrit son véhicule comme étant de couleur bleu marine; cette information est confirmée par son frère Bernard dans son livre « La Conjuration de Javel » qui ajoute que le cabriolet était dans la famille Citroën jusque vers 1942, année où il fut vendu à un concessionnaire de Toulouse.

Le problème:

 

En faisant des recherches pour cet article, j’ai découvert que le cabriolet 7A de couleur claire attribué habituellement à Jacqueline Citroën, la fille du Patron avait le même numéro d’immatriculation que la 7S de Pierre Louÿs. Pour quelle raison?

5° L’immatriculation 5848-RJ:

Ceci suscite plusieurs commentaires:

 

1° Visiblement, cette photo ne montre pas une Traction bleu marine, mais blanche en finition « concours d’élégance » avec moteur, boîte de vitesses et suspensions dans cette même couleur et des pneus à flancs blancs même du côté intérieur

 

2° Le récit mentionne que le cabriolet 7 a été le cadeau d’anniversaire pour les 18 ans de Jacqueline Citroën, qui est née le 11 septembre 1915, ce qui ramène cet anniversaire à septembre 1933, donc plusieurs mois avant la présentation de la 7. Toujours d’après ce récit, Jacqueline a eu un des premiers exemplaires, donc à coup sûr une 7A,. Or l’image ci-dessous montre une 7B ou 7S d’après la position des phares et la forme des ailes avant. Le 5848 RJ, numéro attribué en avril 1934 à Paris, pourrait correspondre à l’immatriculation d’une des premières 7.

 

La solution la plus probable:

 

Alors, ce cabriolet, ne serait-ce pas plutôt une voiture d’Usine conduite par Jacqueline pour cette manifestation de prestige à Deauville, station balnéaire très en vogue à cette époque? Bien sûr, et c’est peut-être la clé du problème et permet en plus de cerner la date du retour du voyage en Corse..

 

Pierre Louÿs a dû être de retour un peu avant le 23 juillet (montage de la plaque sur le cabriolet, voyage à Deauville, etc.). En tout cas, on a repris le numéro d’immatriculation de la 7S pour la mettre sur la 7 de Deauville. Il semble donc bien que les dégâts structurels de la 7S aient été tellement importants que la voiture a été mise hors service à la suite de cet accident. Ou bien une réparation était devenue non rentable ou bien on a profité de la mésaventure de Louÿs pour disséquer la voiture et analyser les points faibles de la monocoque. La plaque d’immatriculation avant en tant que telle de la 7S a en tout cas été remplacée. En regardant bien les 2 plaques d’immatriculation reproduites sur cette page, on peut remarquer une différence très nette au niveau du graphisme des lettres R et J.

 

Le 5848 RJ pourrait donc avoir été une immatriculation d’Usine servant à équiper des véhicules à usage spécial, ce qui expliquerait sa date de sortie ne corrélant pas avec celle de la 7S. A ne pas confondre avec les plaques en W ou W1 qui équipaient les prototypes des Usines au cours de leurs essais sur route.

Guy LOOS  © 2004

B) La plaquette d’allumettes hollandaise

6° Quelques utilisations des photos du voyage:

A) Le fameux calendrier Citroën 1935

Voici une feuille entière du fameux calendrier 1935 de Pierre Louÿs. Il s’agit en fait de 365 photos imprimées sur papier et reliées à la façon d’un livre. La fonction « calendrier » est assurée par une cassette de couleur claire mentionnant en lettres noires le jour, la date et le mois, mais sans qu’aucune mention sur l’année n’apparaisse. Le format est de 30 x 40 cm.

 

Ce qui est très intéressant, c’est que les photos du calendrier montrent la 7S avec des plaques d’immatriculation noircies, mais réalisées d’une façon fort sommaire, tandis que les photos originales dont vous avez découvert certaines sur notre site montrent le numéro d’immatriculation. Quelle pourrait en être la raison? Je l’ignore.

Le texte reproduit  à l’intérieur de la plaquette est le suivant:

 

Citroën

vous prie de bien vouloir accueillir son représentant.

Pas afin de vous vendre une voiture, mais: pour vous démontrer les qualités exceptionnelles de conduite de la

Traction Avant Citroën

Agence: A.H. Fransman, Concessionnaire à Cuyk, Téléphone 26

 

Sur les allumettes, nous pouvons lire de gauche à droite:

 

Citroën la plus durable / la plus moderne / la plus économique  …. le reste a été consumé malheureusement, mais nous connaissons les inscriptions des allumettes manquantes:  ….. la plus confortable / la plus sûre 

 

Nous reconnaissons notre amie Nika dans une de ses robes blanches affublée d’une ceinture foncée que l’on retrouve sur plusieurs images bien connues.

L’image de gauche montre un original du fameux catalogue A.C. 4201 (format 203 x 265) édité en 1934 qui montre outre cette très belle vue de la 7S avec Nika et Eugène Michel dans le décor corse une belle représentation de la « 22 Familiale » dont le dessin figure comme macaron pour la page sur la « 22 » en page 3 de notre site.

 

L’image de droite montre le catalogue A.C. 4414 (format 140 x 235) édité en 1934 qui montre l’image publiée sur notre site prise dans les Alpes Savoyardes.

C) Les catalogues Citroën

Cette photo qui représente sans aucun doute notre 7S sur l’arrière-fond d’un paysage méditerranéen a été publiée en 1935 dans le catalogue A.C. 4435 avec la légende suivante:

 

TOIT « TOUT-ACIER » NOUVEAU GAGE DE SECURITE:

Les Berlines, Conduites intérieures, Familiales et Faux-cabriolets ne comportent plus de pavillon recouvert de similicuir qui se désagrège, se fissure et perd son étanchéité. Toutes ces voitures sont désormais livrées avec un toit « Tout-Acier », qui augmente encore la rigidité, la sécurité et l’élégance de nos carrosseries « Monocoque ».

D) Les photos diverses

Les images de cette belle plaquette d'allumettes nous ont été adressées par notre abonné Gjalt M. van der Molen qui nous a permis la reproduction. Il s'agit d'un cadeau publicitaire émis en Hollande à l'occasion de l'introduction de la Traction Avant aux Pays-Bas au printemps 1934. De grandes dimensions (121 x 121 mm), cet objet est devenu extrêmement rare. La main de Gjalt vous donne l’échelle de cette fantastique trouvaille publicitaire.

J’ai trouvé cette photo dans « l’Illustration » du 3 octobre 1936, numéro spécial sorti à l’occasion du Salon de l’automobile de 1936, et quelque chose avait retenu mon attention. Regardez bien la photo, d’assez mauvaise qualité: qu’est-ce qui vous saute aux yeux? Oui, c’est bien la 7S de Pierre Louÿs, belle photo prise dans un port. J’ignore lequel, toutefois, il devrait s’agir d’un port en Corse. Le bateau en gros plan n’est pas l’«Île de Beauté». Sur la 7 Sport, vous voyez bien la graisse débordant sur la jante avant droite; la plaque d’immatriculation est la bonne, mais… eh oui, les klaxons normalement placés sur les pare-chocs sont absents, et on a dessiné des grilles de klaxons (voir flèche rouge) dans les ailes avant, pour en faire un millésime 1935 ou 1936.

Zone de Texte: Les différences 
entre 7S et 11AL

Les 7S

connues

Zone de Texte: La 7S du Raid
Paris - Moscou
Zone de Texte: La 7S du Tour de
France et Belgique
Zone de Texte: La 7S des Records
(Rosalie Vll)
Zone de Texte: Le cabriolet 7S de
Jacques Schwab 
Zone de Texte: Les 7S
survivantes
Zone de Texte: SPECIAL 
7S et 11AL
Zone de Texte:

Les 11AL connues

Zone de Texte: La 11AL des 400.000
km Lecot (1) (2) (3)
Zone de Texte: Les 7S, 11AL et 11A Paris-Nice 35 (1) (2)
Zone de Texte: La 11AL du  Magasin l’Europe
Zone de Texte: La 11AL des 100.000 km (Rosalie lX)
Zone de Texte: Les 11AL
survivantes
Zone de Texte:
Zone de Texte: Zone de Texte: La 11AL des 400.000
km Lecot (1) (2) (3)
Zone de Texte: La préparation d’un
Grand Raid Routier
Zone de Texte: Le pari de
François Lecot
Zone de Texte: La 7S du Raid
Paris - Moscou
Zone de Texte: Le restaurant Lecot
à Rochetaillée
Zone de Texte: La 7S du Tour de
France et Belgique
Zone de Texte: Les retombées publicitaires du Raid
Zone de Texte: Zone de Texte: Zone de Texte: Zone de Texte: Le raid Lecot dans
la Presse d’époque
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La 7S du Calendrier Citroën 1935 de Pierre Louÿs (2e partie)

Traction Avant 1934-1935

Une 7A noire est garée à côté Elle est immatriculée 3708-KI ou K1, numéro d’immatriculation que je n’ai pas pu attacher à un département, car cette combinaison ne s’y trouve pas, celle de la Corse fut le xxxx-DT. La 7 a subi les mêmes retouches que la 7S; on distingue bien son toit en moleskine et ses pancartes « 7  EN RODAGE  7 » dans sa lucarne arrière, typique des premières « 7 » sorties d’usine. Ça vous rappelle quelque chose? Oui, la photo de la rue d’Ajaccio publiée sur cette page montre une 7A noire derrière la 7S. Vu le nombre faible de voitures circulant en Corse en 1934 (le DT va d’octobre 1928 à janvier 1946!), nous pouvons postuler que c’est la même, et que le port pourrait donc être celui d’Ajaccio. Il en découlerait que le problème de fuite de graisse s’est produit entre Calvi et Ajaccio.

Cet article a été publié dans « Citropolis » No 50 de mai-juin 2005, pages 20-27

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