Maurice Penaud (1886 - 1975), vrai passionné de la mécanique, fut dans les années 20 mécanicien de voitures de compétition chez J-A Grégoire. Engagé à la suite chez Citroën, chef mécanicien de la Croisière Noire et de la Croisière Jaune, il devint homme de confiance du Patron et de Georges-Marie Haardt.

En janvier 1934, il participa avec François Lecot au 13e Rallye de Monte-Carlo sur un Autocar type 45 de 4,5 tonnes. En avril 1934, encore avec Lecot, il fit un raid de 10 jours avec deux « 7 » à travers le Sahara pour éprouver la mécanique. S’il n’était pas sur les pistes pour accompagner une performance Citroën, on le retrouvait chaque jour sur la piste du Circuit de Montlhéry pour y faire des essais.

Il fut promu chevalier de la Légion d’Honneur fin des années 20.

Monsieur Delpeyroux était commissaire technique de l’Automobile Club de France (ACF) situé 8, place de la Concorde à Paris. En sa fonction de commissaire, il fut souvent délégué pour suivre et surveiller les raids de François Lecot, que ce soit le Tour de France et de Belgique en 7S, le Raid Paris - Moscou - Paris en 7S ou le grand raid des 400.000 kilomètres où il sera l’un des 8 commissaires techniques de l’ACF à se relayer. En janvier 1937, c’est à lui que François Lecot s’adresse pour demander 2 esquisses de lettres: l’une adressée à l’Académie des Sports en vue de concourir pour le Prix de l’Académie des Sports, et l’autre adressée à la maison Citroën pour demander une subvention en récompense des mérites pour la marque depuis 1934. A ce moment, notre champion commence déjà à sombrer dans l’oubli ...

François Lecot (1878 - 1959) « l’homme sans fatigue », né la même année que le Patron, a toujours su s’imposer malgré sa taille de 1,60 mètres. D’une résistance physique tout à fait exceptionnelle, il fut un grand sportif dès sa jeunesse et pratiqua l’équitation et le cyclisme avant de découvrir l’automobile. En 1924, il commença sa série de raids d’endurance par un trajet de 24 heures sur le parcours Lyon - Mâcon - Lyon, effectua en 1929 un raid de 15 jours de plus de 450 km/jour avec ascension quotidienne du Galibier et réalisa par la suite plusieurs raids de 100.000 kilomètres en une centaine de jours. Après toutes les performances en Traction révélés sur ce site, il avait projeté un Tour de l’Afrique, mais la mort accidentelle de son fils René l’avait brisé. Il ne s’en remettra jamais et décéda en 1959 dans l’oubli et la misère.

Pendant certains dimanches de 1933, André Citroën assistait en compagnie de sa famille ou d’amis aux arrivées de François Lecot sur la Place de la Concorde, pendant ses raids en Rosengart. C’est à ces occasions qu’ils font connaissance et commencent à s’apprécier mutuellement. Puis un jour, André Citroën dit au champion: «Monsieur Lecot, je suis à peu près sûr que vous allez faire 1000 kilomètres par jour pendant un an». Après des différents avec Lucien Rosengart, Lecot réalisera ses performances sur les voitures Citroën et prendra une part non négligeable à la mise au point de la Traction Avant.

Les personnages suivants ont fait partie de ce Tour de France et de Belgique en berline 7 Sport qui eut lieu début juillet 1934. Avant de plonger dans le vif du sujet, je vous fais les présentations d’usage:

Ce fut une 7 Sport noire, dépourvue d’enjoliveurs de roues, sans autre décoration que 2 fanions de couleur claire au double Chevron couleur foncée fixés sur les pare-chocs avant, immatriculée 680 RJ1, numéro datant de mai 1934. Si l’immatriculation est vraiment celle d’origine, on se trouve en face d’une des toutes premières 7S (pour rappel: acceptation du type 7S au Service des Mines le 29 mai). Dans ce cas, elle devrait avoir un numéro de série entre 20001 et 20030 maximum. Il y a de fortes chances que la 680 RJ1 soit même la 7S présentée aux Mines avec le No de série 20000…, car la 7S sera fabriquée officiellement à partir du 15 juin 1934 et disponible pour la vente à partir du 1ier juillet 1934. Pour rappel, 1500 Traction 7 Sport toutes variations de carrosserie confondues ont été construites si l’on se fie aux numéros de série, mais en réalité, beaucoup moins sortirent de Javel. On pense à un chiffre de près de 1200 unités.

 

La seule différence visible au point de vue carrosserie sont les deux volets additionnels supérieurs de capot qui servaient à une évacuation accélérée des calories émises par le moteur suite à une sollicitation maximale. Ayant examiné à la loupe les photos originales dont j’ai disposé, je pense que ces volets de capot sont des volets de capot latéraux de C6G de 1931 (ce sont les seuls sans tirette chromée et de la bonne taille). Il s’agit alors de pièces prélevées dans les stocks de pièces de rechange (pourquoi en fabriquer si on en a de toutes prêtes?).

 

Il y a une autre particularité mais qui ne saute pas immédiatement aux yeux, qui est tout à fait remarquable: les volets de capot avant ont leur tirette chromée (A) à l’avant, comme les Traction sorties de Javel… après octobre 1935! De plus, ils présentent sur cette voiture la particularité d’avoir été modifiés par adjonction d’une tôle (B) supérieure et inférieure qui servaient à diriger le courant de l’air de refroidissement de manière plus efficace vers le compartiment moteur.

La 7 S du Tour de France et de Belgique:

Le départ du «Tour de France et de Belgique» eut lieu le lundi 2 juillet 1934 devant le siège de l’Automobile Club de France situé 6, place de la Concorde à Paris. On n’a pas les photos du départ, celle que vous découvrez ci-dessus n’a pas été prise le jour du départ (absence des petits fanions).

 

Il est certain que le raid avait été minutieusement préparé et organisé. Pour preuve, je vous montre le panneau de couleur claire, opaque, visible dans la vitre de la portière arrière gauche indiquant la durée exacte du raid. Ni le Patron ni Lecot n’auraient permis que l’on mette en hâte un panneau rédigé en dernière minute quelque part en fin de parcours. La vitre arrière droite est restée sans panneau, ce que l’on voit clairement sur l’original de la photo de l’arrivée publiée en bas de la page. Pourquoi? Simplement à cause du commissaire assis derrière….

Ces voyages de reconnaissance pourraient avoir été réalisés par la 7S du Tour, ce qui expliquerait bien son immatriculation de fin mai 1934. Lecot avait donc à peu près un mois pour la reconnaissance du terrain, le repérage des stations d’essence averties de l’heure précise du passage de la 7 Sport lors du raid, etc.

 

Comme vous pouvez le voir sur l’affiche que vous trouvez ci-dessous, le tour s’est fait dans le sens des aiguilles d’une montre.

Suite au départ de Paris, les villes traversées furent: Rouen - Calais - Anvers - Liège - Bruxelles - Reims - Strasbourg - Besançon - Marseille - Carcassonne - Dax - Bordeaux - Les Sables d’Olonne - Cholet - Angers - Nantes - Brest - St Brieux - Cherbourg - Paris.

Il n’y eut aucun arrêt excepté pour ravitailler la voiture en carburant. Après 77 heures, les 5007 kilomètres du périple avaient été bouclés à la moyenne 65 km/h, sur des routes nationales et départementales, avec le trafic habituel, les traversées des villes et villages et les arrêts aux pompes à essence…. De nombreuses charrettes à bras ou à chevaux encombraient encore les routes (dans un village de 500 âmes, il y avait une ou deux voitures pas plus), des animaux de ferme traversaient car il n'y avait pas encore de fil de fer barbelé. Il faut dire qu’à cette époque, la vitesse sur les routes hors agglomérations n’était pas encore limitée…. Le trajet était donc plus périlleux qu'aujourd'hui, il fallait rester concentré.

 

La moyenne de 65 km/h n'est pas très élevée en soi. Cela fait une allure de marche autour de 80 km/h. Une voiture non fiable serait tombée en panne rapidement. 65 km/h reste un beau résultat pour l'époque, mais c'est surtout la durée globale de 77 heures qui est exceptionnelle: divisons 5007 km par 65 km/h, et l’on trouve précisément 77 heures en imaginant que Lecot ait roulé 24 heures sur 24, ce qui est impossible même pour un homme à la condition physique d’un Lecot. A-t-il conduit tout seul? NON! L’affiche ci-dessus spécifie bien: « … les deux conducteurs François Lecot et Maurice Penaud … ». Je viens de trouver la confirmation dans « OMNIA numéro spécial du Salon 1934 » où il est clairement spécifié que Lecot et Penaud se relayaient au volant. La performance mettait en vedette la  berline 7 Sport et non l’homme Lecot comme lors des 400.000 km.

 

Le jeudi, 5 juillet 1934, la 7S arriva en trombe place de l’Opéra devant le magasin Citroën où une foule de curieux était en attente. Sur les photos qui nous sont parvenues de cet événement, la voiture semble avoir bien supporté l’épreuve, si ce n’est qu’elle a perdu son essuie-glace droit en route… De plus, on voit bien que la pluie avait cessé peu de temps avant, et pourtant comme à l’accoutumée, le Patron attendait son équipe pour lui serrer la main et faire les photos d’usage. Quelle belle époque!  La 7 Sport du Tour de France et de Belgique avait comme mission de démontrer les performances et la fiabilité du nouveau modèle. Ce qu’elle a réalisé avec brio.

Après chaque performance qu’il a réalisé pendant sa carrière, que ce soit sur Diatto, Rosengart ou Citroën, François Lecot avait l’habitude de faire une tournée pendant laquelle il visitait plusieurs concessionnaires. Quelles en étaient les raisons?

D’une part, des fabricants comme Lucien Rosengart tenaient à cette tournée pour faire connaître l’exploit et montrer le véhicule issu de leur production qui l’avait rendu possible.

D’autre part, certains concessionnaires avaient aidé Lecot dans la réalisation de ses performances, et il voulait par ce geste remercier ces hommes qui étaient souvent des amis. On profitait du passage de Lecot pour organiser une porte ouverte, une vente promotionnelle ou un même un bal à l’intérieur de leurs garages. Ce qui fut souvent le cas après le raid des 400.000 kilomètres, où faute de soutien par la maison Citroën (sous l’égide de la maison Michelin), le groupement des concessionnaires Citroën avait contribué à une partie du financement de la performance.

Bien sûr, il y avait aussi une idée de promotion personnelle, car n’oublions pas que François Lecot  n’avait pas de  gros revenus. Il se faisait un plaisir de signer des autographes à tous ceux qui lui demandaient.

Guy LOOS  © 2004

La tournée chez les concessionnaires (ici chez Joseph Ardon à Saintes)

Collection F. Sabatès

Le Tour de France et de Belgique:

La tournée des concessionnaires

Mais revenons à notre Tour de France et de Belgique. Rares sont les documents traitant sur ce sujet, j’en ai trouvé deux, mais qui étaient comme d’habitude mal ou pas du tout exploités. Le premier (photo ci-dessus) montre la belle succursale de Clermont-Ferrand avec un cabriolet 11A sur son parvis. Mais, ce qui nous intéresse un peu plus, c’est l’affiche grand format dans la vitrine du magasin qui nous montre la photo de l’affiche publiée plus haut et une affiche que je n’ai encore vu nulle part, reprenant le périple du Tour.

La deuxième (photo ci-dessus) montre la 7S du Tour dans les locaux de la concession Joseph Ardon de Saintes. Joseph Ardon (à gauche de notre héros) était le premier agent Citroën et avait signé son contrat avec le Patron en février 1919.

Souvent, la 7S du Tour de France et de Belgique est confondue avec la 7S du raid Paris-Moscou-Paris qui eut lieu en octobre 1934. En examinant les images de cette dernière, on remarque que les deux capots sont identiques entre eux pour ce qui est de la forme et de l’emplacement exact de leurs volets additionnels de capot, excepté les tôles additionnelles décrites plus haut qui ne se trouvent pas sur la Paris-Moscou-Paris. Ceci fait penser que ce sont deux voitures différentes (deux immatriculations différentes), mais qui se partagent un seul et même capot, dont les volets avant ont été changés. Les voitures furent par la suite vendues comme simples voitures d’occasion. On leur mettait un capot de série et on gardait le modèle spécial pour d’autres usages. Ce capot, après reprise des Usines par Michelin, semble avoir disparu ou utilisé autre part. Car celui de la 11AL des 400.000 kilomètres de 1935 présente lui aussi ces volets additionnels, mais situés plus en avant et plus vers la ligne médiane du capot. Toutes les Traction Avant des raids de François Lecot ont donc été affublés de cet accessoire.

Maurice Penaud (à g) à côté de Marcel Coqueret, l’un des deux mécaniciens de la 11AL des 400.000 kilomètres de Lecot en 1935/36. Sans aucun doute, c’est la 7S du Tour de France et de Belgique, car il n’y a pas cette signalisation par traits verticaux de la 7S du Paris-Moscou-Paris. Le pare-brise est en une partie.

Collection F. Sabatès et G. Blanchet

Zone de Texte: Les différences 
entre 7S et 11AL

Les 7S

connues

Zone de Texte: La 7S du Raid
Paris - Moscou
Zone de Texte: La 7S du calendrier
1935 P. Louÿs (1) (2)
Zone de Texte: La 7S des Records
(Rosalie Vll)
Zone de Texte: Le cabriolet 7S de
Jacques Schwab 
Zone de Texte: Les 7S
survivantes
Zone de Texte: SPECIAL 
7S et 11AL
Zone de Texte:

Les 11AL connues

Zone de Texte: 11AL des 400.000
km Lecot (1) (2) (3)
Zone de Texte: Les 7S, 11AL et 11A Paris-Nice 35 (1) (2)
Zone de Texte: La 11AL du  Magasin l’Europe
Zone de Texte: La 11AL des 100.000 km (Rosalie lX)
Zone de Texte: Les 11AL
survivantes
Zone de Texte:
Zone de Texte: Zone de Texte: 11AL des 400.000
km Lecot (1) (2) (3)
Zone de Texte: La préparation d’un
Grand Raid Routier
Zone de Texte: Le pari de
François Lecot
Zone de Texte: La 7S du Raid
Paris - Moscou
Zone de Texte: Le restaurant Lecot
à Rochetaillée
Zone de Texte: Les retombées publicitaires du Raid
Zone de Texte: Zone de Texte: Zone de Texte: Zone de Texte: Le raid Lecot dans
Presse (1) (2)
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La 7S du Tour de France et de Belgique de François Lecot

Traction Avant 1934-1935