Encore un article trouvé dans le « Fulmen-Courrier », cette fois-ci dans le N° 25, édition d’octobre 1936 pour le 30e Salon de l’Automobile de Paris. Il décrit 48 heures à bord de la 11AL. Je pense que la date doit tourner aux environs d’avril 1936. Le texte a été rédigé par P. Verroust, chef du Service Publicité des Accumulateurs Fulmen.

 

 

Une éclatante confirmation de la devise:

ACCUMULATEURS FULMEN

                      LES PLUS DURABLES

 

François Lecot, ce champion de la route, a terminé le 23 juillet dernier son raid fantastique: 400.000 kilomètres en un an à la cadence de 1.200 kilomètres par jour.

Parti le 20 juillet 1935, à bord d’une 11 CV à traction avant, il a accompli cet effort prodigieux et continu sur le parcours Paris Monte-Carlo.

Renversant tous les pronostics, déroutant le Corps médical, François Lecot n’a pas failli un seul instant à la tâche qu’il avait assumée sous le contrôle sévère et continu de l’Automobile Club de France.

Cette performance sans précédent fut un véritable duel entre l’homme et la machine, et on ne sait ce que l’on doit le plus admirer, de la splendide endurance physique et morale de l’homme, ou de la résistance extraordinaire de la voiture et de son équipement que ces 400.000 kilomètres, représentant vingt ans de service d’une voiture normale, ne sont pas parvenus à mettre hors de course.

Roulant, été comme hiver, de jour comme de nuit, sur des routes très fréquentées, celui parmi les accessoires qui fut des plus malmenés fut sans conteste la batterie d’accumulateurs.

Quel rôle primordial revenait à la batterie qui actionnait:

1° Démarrage du moteur; 2° Allumage des bougies; 3° Deux avertisseurs; 4° Deux essuie-glaces; 5° Deux projecteurs; 6° Deux projecteurs-code; 7° Deux projecteurs brouillard; 8° Quatre feux de position; 9° Deux stops; 10° La lanterne arrière; 11° la jauge à essence; 12° Les lampes du tableau; 13° Le plafonnier; 14° Le poste de T.S.F., comme en fait foi le procès-verbal de l’Automobile Club de France.

François Lecot, pénétré de ce rôle essentiel et ne voulant compromettre en rien le succès de son raid, n’a pas hésité à adopter Fulmen qui a donné une fois de plus une éclatante confirmation de sa devise: « Accumulateurs Fulmen les plus durables ».

Fulmen est heureux de saluer en François Lecot un des pionniers de l’automobile, toujours prêt à porter plus haut le pavillon des grandes marques françaises de l’Automobile et de son équipement.

 

Afin de donner à nos lecteurs une idée exacte de ce qui fut ce raid unique, notre collaborateur M. Verroust, chef de notre Service Publicité, a accompagné Lecot dans sa fantastique randonnée et c’est le récit de ces quarante-huit heures vécues avec Lecot que nous publions ci-après.

 

« Inapte à tout service » c’est en ces termes que, vers la fin de la guerre, l’Autorité Militaire renvoya dans ses foyers le conducteur François Lecot, après de brillants états de services qui lui valurent la croix de guerre. Je n’avais pas le plaisir de connaître Lecot à cette époque, mais l’attestation laisse rêveur celui qui, comme moi-même, ne connaît Lecot que depuis quelques années.

 

« Inapte à tout service? » Lecot, lui! ce champion de la route qui, après un premier parcours de 100.000 kilomètres sans arrêt et maintes autres performances automobiles, s’est à nouveau lancé dans un raid de 400.000 kilomètres en un an, soit 1.200 kilomètres par jour!

 

Entreprendre est uns chose, réaliser en est une autre. Pour Lecot, pas de différence; ce qu’il entreprend, il le réalise jusqu’au bout envers et contre tous. Contre tous, non ce serait mal le connaître, car ce diable d’homme n’agit pas contre quelqu’un: sa volonté toute tendue vers le succès de son entreprise est telle qu’il convainc les plus irréductibles de ses opposants et leur communique sa foi. C’est ainsi qu’il persuada les dirigeants de l’Automobile Club de France, sa famille et les différents constructeurs, dont l’appui lui était nécessaire pour mener à bien sa nouvelle gageure.

 

Sagement l’Automobile Club de France lui imposa avant le départ un examen médical des plus sévères. Les avis des médecins furent partagés: les uns le trouvèrent en forme parfaite, les autres émirent des doutes sur sa résistance nerveuse. Qui eut raison? François Lecot! Il découragea le corps médical. Au bout d’un mois, les docteurs devant l’évidence abandonnèrent d’eux-mêmes l’examen auquel ils soumettaient Lecot chaque soir à son arrivée à Lyon. Tel au départ, tel à l’arrivée, et bientôt les kilomètres s’ajoutèrent aux kilomètres, 50.000, 100.000, 200.000, 300.000… Et toujours lui-même, Lecot continua, inlassable, sa performance stupéfiante, entreprise le 20 juillet dernier, laquelle ne doit prendre fin que le 20 juillet prochain, au total de 400.000 kilomètres, succès sans précédent pour l’homme, la machine et son équipement qui, il faut leur rendre cet honneur, n’ont pas failli un seul instant. Et cet exploit, sous le contrôle sévère et de tous les instants de l’A.C.F., qui n’a par pour habitude de donner son homologation à des fantaisies sans intérêt pratique. Et cependant, il est encore bien des sceptiques! Etant de ces derniers, j’ai voulu me rendre compte par moi-même de la manière dont Lecot opérait et comment il « tenait ».

 

Tous les deux jours, et avec la régularité d’un express, à 10h.30 précises, Lecot débouche (j’allais dire entre en gare) place de la Concorde et s’arrête à l’endroit qui lui est réservé devant l’A.C.F. C’est là que je le rejoins, alors qu’il roule depuis deux cent quatre-vingt-neuf jours et qu’il a déjà parcouru 300.000 kilomètres. Je ne vous ferai pas le portait de Lecot, bien d’autres s’en sont chargés, et sa photo est dans la plupart des journaux sportifs et revues de l'automobile.

 

Les traits un peu tirés, on les aurait à moins, Lecot ne donne cependant pas l’impression d’un homme épuisé par cet effort gigantesque, loin de là, et tel que je le retrouve ce matin, tel je le quitterai quarante-huit heures plus tard. Aucun signe de lassitude, si ce n’est dans sa marche, mais je ne vous étonnerai pas en disant qu’il ne sait plus marcher. Présentation à M. Richard Perissé, le sympathique commissaire de l’A.C.F., qui est désigné ce jour pour accompagner Lecot et tenir scrupuleusement le journal de bord. On ne peut rien modifier à la voiture ou à l’équipement de celle-ci qui ne soit de suite porté au livre de bord par le commissaire de service qui, lui, ne quitte pour ainsi dire pas son poste quarante-huit heures durant. A 11 heures, départ. Départ sans histoire, dans l’intense circulation de la Place de la Concorde. Virage, les quais, la porte d’Italie, et à 11h.30 la Belle-Epine, où le plein d’essence est assuré. N’attendez pas de moi le récit d’une course accélérée, non, la vitesse maximum autorisée au compteur plombé est de 90 kilomètres et la moyenne ne peut être supérieure à 65 sur l’ensemble du trajet. N’espérez pas non plus une relation dramatique de cette performance. Ni excès de vitesse, ni incidents, Lecot déroule son horaire avec une régularité stupéfiante où l’imprévu n’a pas sa place.

A peine sommes-nous arrivés que les deux mécaniciens attitrés s’emparent de la voiture pour la graisser et en vérifier les organes essentiels. Toujours aussi calme, Lecot leur signale ce qu’il croit défaillant ou sur le point de l’être. Et le remède est mis en application immédiatement, sous l’œil du commissaire qui, imperturbable, porte sur son livre le moindre graissage, et je dirais presque le moindre coup de marteau. Je rends ici hommage à sa conscience professionnelle, car, tandis que Lecot et moi-même allons dormir quelques heures après un plantureux repas, M. Perissé, lui, reste au garage en la compagnie des mécaniciens qui passent en revue les moindres rouages de l’auto.

 

A 3 heures, Lecot heurte à ma porte et je me vêts en hâte. Vastes tartines beurrés arrosées d’un énorme bol de café et, à 3h.30, départ. Nous allons être à nouveau, toute la journée durant, prisonniers de l’horaire. Pas plus que la veille, aucun incident ne viendra en troubler la régularité. A 5 heures moins 20, nous traversons Saint-Rambon-d’Albon, pays où Védrines se tua en 1921. Lecot, avec raison, regrette qu’aucune plaque ne rappelle ici le souvenir de ce pionnier de l’aviation. A 5 heures un quart, c’est Valence, puis à 6h.10, Montélimar. Nous croisons de nombreux transports routiers chargés de primeurs. Tous saluent Lecot au passage; il fait partie de la route, tous le connaissent et l’encouragent. A 7 heures moins le quart, c’est Orange, légère entorse au programme: c’est un café noir pris sur le zinc. Oh! rassurez-vous, très court arrêt d’à peine cinq minutes. 8h.10, Aix, 9h.15 Brignoles, 10h.5 Fréjus, puis l’Estérel, 35 kilomètres de côtes et de virages qui n’impressionnent nullement notre conducteur. A 11 heures un quart, nous dépassons Nice et enfin, par la corniche de la mer, nous stoppons, à midi moins le quart devant le Casino de Monte-Carlo. Les Monégasques, cependant habitués, entourent la voiture; nous avons droit à la poignée de main du superbe gendarme monégasque en faction sur le terre-plein. Rafraîchissements au goût de chacun, mais ne croyez pas que l’arrêt se prolonge au-delà d’un quart d’heure. A midi, nous reprenons la route en sens inverse.

 

Plein d’essence à Nice, puis à nouveau l’Estérel tout en déjeunant. Après cette seconde traversée de la montagne provençale, Lecot éprouve le besoin de se reposer. La voiture garée sur le côté de la route, un coussin sous la tête, sans quitter sa place, Lecot s’endort. Perissé et moi, heureux de pouvoir nous détendre un peu, projetons de marcher dans la lande. Quelle prétention! A peine avons-nous fait quelques pas que Lecot à nouveau dispos nous rappelle, et nous repartons. Ce sommeil n’a pas duré cinq minutes, montre en mains. Et à nouveau: Brignoles, Aix où nous passons à 16 heures, Orange, Valence et Lyon que nous atteignons à 20 heures un quart. Pour parfaire le kilométrage à 1.200, nombre que Lecot se fixe journellement, un détour pour atteindre Rochetaillée que nous touchons enfin à 21 heures. Depuis la veille, 11 heures au départ de Paris, nous avons donc fait 1.720 kilomètres. Accueil toujours aussi aimable à l’hôtel Lecot, dîner et repos de quelques heures, mais nullement pour ce malheureux commissaire.

 

Par suite du Rallye de Monte-Carlo, auquel Lecot a pris part, et d’un léger accident survenu huit jours auparavant qui l’a immobilisé quelques heures, il veut absolument rattraper son retard de kilomètres; aussi, la voiture une fois vérifiée, l’un des ses mécaniciens s’élance sur la route en compagnie du dévoué commissaire et totalise des kilomètres jusqu’à trois heures du matin. Désirant reprendre l’ancien horaire d’été, nous gagnons une demi-heure de repos supplémentaire, le départ n’étant prévu que pour 4 heures, afin d’être à Paris pour 11h.30.

 

La route nous reprend, mais l’homme et la machine sont tellement bien réglés que c’est sans histoire que nous pointons au passage Mâcon à 5h.10, Châlon à 6 heures moins 10, à 7 heures un quart, Saulieu, où, même exception que la veille, nous nous permettons un café noir. Puis 9 heures moins 10 à Auxerre, enfin Fontainebleau, la Belle-Epine, ravitaillement d’essence et à midi moins le quart arrivée Place de la Concorde où un petit groupe de sympathisants se fait un devoir et un plaisir d’accueillir Lecot. Toujours souriant, ni plus ni moins fatigué, il serre des mains à droite et à gauche, ne donnant nullement l’impression d’un monsieur qui vient d’ajouter plus de 2.400 kilomètres à ses 301.536, chiffre relevé officiellement à son départ l’avant-veille. Un arrêt d’une demi-heure consacré à la mise au point administrative du raid avec M. Brisset, organisateur, quelques lettres dictées en hâte, et tout simplement Lecot reprendra place au volant pour ce même ruban de route de 1.200 kilomètres journaliers, et cela pendant encore soixante-quinze jours de suite…

 

Je ne doute nullement de votre succès, mon cher Lecot, et, suivant la formule maintes fois entendue sur votre parcours dans ces villages du midi. je vous dis: « Eh adieu Lecot, bonne chance! ».

 

P. VERROUST

 

 dans: « Fulmen-Courrier » N° 25 d’octobre 1936

Vers midi, Lecot me demande le menu du déjeuner; cela consiste en un inventaire détaillé du panier à provisions préparé soigneusement chaque matin par Mme Lecot au départ de Rochetaillée (domicile de Lecot près de Lyon). Cet inventaire est des plus réjouissants: pâté en croute, foie gras, poulet, gigot froid, fromages, fruits, le tout arrosé de vin blanc ou rouge, au choix, et d’un café tenu parfaitement chaud dans une bouteille Thermos.

 

Et tout en roulant nous déjeunons. Le plus difficile est de boire, mais Lecot a une grande habitude, le gobelet à la main droite, la gauche tenant le volant, l’œil sur la route, la vitesse n’en souffre pas et l’aiguille du compteur reste immuable sur 90. A 12h.30, à la pyramide de Fontainebleau, vérification d’une roue dont l’échauffement avait déjà retenu l’attention. Rien de grave, c’est la garniture du frein à main qui était restée gommée. Après cet arrêt des plus courts, la route reprend sans incident. Il fait beau. A 15 heures nous traversons Avallon et l’horaire ne subit aucun à-coup. Nous entrons à 17 heures moins 10 à Châlons-sur-Saône, à 18 heures moins le quart à Mâcon, et enfin à 19  heures à Rochetaillée (environ 10 kilomètres de Lyon). Nous avons parcouru comme prévu les 520 kilomètres en huit heures, à la moyenne de 65 à l’heure.

 

A Rochetaillée, je vous recommande (publicité non payée) un très bon hôtel avec tout confort, c’est l’hôtel Lecot. Eh oui, Lecot est hôtelier, ou plutôt c’est madame Lecot, sa femme, aimable hôtesse, dont la compétence certaine tient également à maintenir la renommée de la bonne cuisine lyonnaise.

A suivre...

La Bougie « Marchal » au Salon:

 

Dans le stand des projecteurs, une bougie géante - une rampe de bougies de la plus froide à la plus chaude, montrant la gamme thermique - une mappemonde autour de laquelle tournent les bougies de Lecot, symbolisant ce record formidable des 400.000 kilomètres, 10 fois le tour de la terre !

La bougie Marchal est également à l’honneur sur les magnifiques châssis polis touristes Hotchkiss, Matford et Licorne et Poids lourds Delahaye, Latil, Lorraine et Rochet-Schneider.

 

 dans: « Revue des Usagers de la Route » N° 226 de novembre 1936

Pentagone:   1  DEBUT DE L’ARTICLE
Zone de Texte: Les différences 
entre 7S et 11AL

Les 7S

connues

Zone de Texte: La 7S du Raid
Paris - Moscou
Zone de Texte: La 7S du Tour de
France et Belgique
Zone de Texte: La 7S du calendrier
1935 P. Louÿs (1) (2)
Zone de Texte: La 7S des Records
(Rosalie Vll)
Zone de Texte: Le cabriolet 7S de
Jacques Schwab 
Zone de Texte: Les 7S
survivantes
Zone de Texte: SPECIAL 
7S et 11AL
Zone de Texte:

Les 11AL connues

Zone de Texte: La 11AL des 400.000
km Lecot (1) (2) (3)
Zone de Texte: Les 7S, 11AL et 11A Paris-Nice 35 (1) (2)
Zone de Texte: La 11AL du  Magasin l’Europe
Zone de Texte: La 11AL des 100.000 km (Rosalie lX)
Zone de Texte: Les 11AL
survivantes
Zone de Texte:
Zone de Texte: Zone de Texte: La 11AL des 400.000
km Lecot (1) (2) (3)
Zone de Texte: La préparation d’un
Grand Raid Routier
Zone de Texte: Le pari de
François Lecot
Zone de Texte: La 7S du Raid
Paris - Moscou
Zone de Texte: Le restaurant Lecot
à Rochetaillée
Zone de Texte: La 7S du Tour de
France et Belgique
Zone de Texte: Les retombées publicitaires du Raid
Zone de Texte: Zone de Texte: Zone de Texte:
Zone de Texte: Zone de Texte: Zone de Texte: Zone de Texte: Zone de Texte: Zone de Texte: Zone de Texte: Zone de Texte: Zone de Texte: Zone de Texte: Zone de Texte:

Le Raid Lecot dans la Presse de l’Epoque (2e partie)

Traction Avant 1934-1935