1° La qualité des carburants:

Les combustibles offerts au grand public en 1934 et 1935 sont les suivants:

 

L’essence minérale extraite de la naphte, c’est à dire du pétrole brut, a un pouvoir calorifique très élevé, un point d’inflammabilité très bas, et serait donc un combustible idéal si elle résistait bien au phénomène de détonation, c’est-à-dire si elle supportait des compressions élevées sans donner le phénomène d’autoallumage.

 

Le benzol extraite de la houille a un pouvoir calorifique très élevé, un point d’inflammabilité assez bas, est donc un combustible de grande qualité. Mais ne pouvait être employé qu’à des occasions exceptionnelles au milieu des années ‘30, étant assez rare, sa production étant en relation directe avec l’extraction de la houille, laquelle était largement insuffisante pour pouvoir fournir des quantités de benzol adéquates. La France des années ‘30 devait même recourir aux benzols allemands, et c’était par conséquent un combustible très cher et trop cher pour l’utiliser à l’état pur.

 

L’alcool fabriqué à partir de la betterave a un pouvoir calorifique d’à peu moitié moindre que celui de l’essence. Mais c’était néanmoins un combustible remarquable, surtout par son pouvoir antidétonant très efficace: il supportait jusqu’à 15 kilogrammes par centimètre carré de pression sans détoner et pouvait donc développer une grande puissance à forte compression. De plus, il avait le pouvoir de s’opposer à toute dépose de calamine dans les moteurs, cette calamine qui fut un des gros problèmes mécaniques d’avant-guerre. Il avait en outre le gros avantage d’être un « combustible national », car poussant sur les terres françaises, il était supposé rendre la France indépendante des importation de carburant.

 

On trouvait donc dans le commerce ces trois combustibles (en fait quatre comme nous le verrons plus loin avec le carburant Diesel) soit à l’état pur (combustible dit unitaire), soit à l’état de mélange (combustible dit binaire), soit à l’état de mélange avec une substance empêchant la séparation des deux combustibles principaux (combustible dit ternaire).

 

 

 

En 1934 du point de vue pratique on avait la situation suivante:

 

L’essence dite de tourisme était généralement unitaire, parfois binaire, renfermant donc un autre combustible: du benzol parfois, mais plus souvent de l’alcool dans la proportion légale de 11 à 13 %. Dans l’un et l’autre cas, le liquide était pratiquement incolore, tirant parfois sur une légère teinte jaune paille qui provenait de la petite quantité d’alcool qu’il renfermait.

 

C’était l’essence « ordinaire » convenant à la majorité des voitures de l’époque. Son prix en 1934: 2 Francs par litre.

 

L’essence dite de poids lourds était toujours binaire, elle renfermait obligatoirement une forte proportion d’alcool de 25 à 30 %. Afin que le consommateur ne la confonde pas avec l’essence de tourisme, elle était toujours colorée par 0,5 g/100 litres d’un produit chimique, la Rhodamine B. Sa teinte était rose quand on l’examinait par transparence dans un verre et jaune orangé quand on le regardait par sa surface.

 

Elle convenait parfaitement pour les voitures ayant un moteur « un peu plus poussé » ainsi que pour les camions fonctionnant avec un moteur à essence. Son prix en 1934: 1,57 Francs par litre.

 

A noter que le terme d’essence « poids lourds » n’avait pas son origine dans l’utilisation par les moteurs de camions, mais par le poids spécifique plus important dû à sa teneur en alcool.

 

La distinction entre l’essence tourisme et essence poids lourds était donc assez facile, puisque la première était toujours sensiblement incolore et que la seconde était rose orange. Contrairement à aujourd’hui, les conducteurs disposaient de la meilleure qualité d’essence à moindre prix.

 

L’essence dite « supercarburant » était binaire ou ternaire et supprimait le cognage des moteurs à grande compression et permettait de hauts rendements sans cet autoallumage néfaste.

 

Les supercarburants étaient fort recherchés par les automobilistes dont le véhicule disposait d’un moteur poussé, ayant monté par exemple une culasse en aluminium SPEED comme sur la 11AL de François Lecot, lequel favorisait le supercarburant de couleur verte « Pégase » de la C.I.P. Leurs prix étaient plus élevés que ceux des autres carburants: 2,20 Francs par litre.

 

Ces supercarburants ayant été nouvellement créés fin de l’année 1933, les producteurs voulaient évidemment se distinguer par rapport à leur concurrence. Et comment le faire mieux que par la couleur, puisque les composants chimiques étaient évidemment les mêmes. (Voir plus loin)

 

Les carburants Diesel existaient, mais en proportion assez restreinte. En effet, les poids lourds d’époque fonctionnaient encore en majorité à l’essence, et hormis les quelques rares prototypes de voitures à moteur Diesel (comme les Citroën à moteur licence Ricardo), toutes les voitures de série étaient des consommatrices d’essence. Rappelons que la première voiture de série à moteur Diesel fut lancée par Mercedes-Benz en 1936 (type 260D).

Je vous présente un fait étonnant (et détonnant à souhait) au sujet du coloris des supercarburants valable pour l’année 1934. J’ai recueilli ces données dans un article publié par le « Comité de Contrôle de la Distribution des Essences » fonctionnant à « l’Union Nationale des Associations de Tourisme ».

2° Calories et coloris:

Imaginez-vous un peu: vous aviez  un reste de « Surcaf » dans votre réservoir, vous y mettez du « Nervo Lux », et puis tout le monde pense que vous avez fait le plein de « Mérizol ». Comique, non? Pas de problème non plus pour la femme ou l’homme mondain pour mettre en harmonie la couleur de son carburant avec celle de sa garde-robe et de sa voiture…

 

Guy LOOS  © 2004

3° La consommation de carburants en 1934:

D’après les chiffres officiels, la consommation en carburants s’est élevée pour 1934 à 3381,43 millions de litres dont 229,8 millions de litres d’alcool (= 6,8% de la quantité totale).

 

Le détail de cette consommation était le suivant:

 

· les automobiles: 3120,48 millions de litres

· les motocyclettes: 149,375 millions de litres (575000 véhicules qui consommaient 0,5 litres/jour)

· les automotrices: 0,99 millions de litres

· les canots et moteurs fixes: 0,36 millions de litres

· les usages domestiques: 41,8349 millions de litres

· l’aviation civile: 11,68 millions de litres 

· l’aviation militaire: 50 millions de litres  (!!)

· l’armée motorisée: 15 millions de litres

4° Le nombre de véhicules en 1934:

D’après les chiffres officiels, en 1934, il circulaient en France 1,95 millions de voitures automobiles dont:

 

1,5 millions de voitures de tourisme

 

450.000 véhicules industriels dont

· 19390 utilisaient du gasoil (Diesel)

·  610 à gazogène à bois

· 430.000 au carburant essence et alcool

 

Il était admis qu’un véhicule industriel consommait un volume triple de carburant  qu’une voiture de tourisme. Le moteur du véhicule industriel « brûlait » plus que le moteur touriste et roulait bien davantage, dans le rapport 3 à 1.

 

Consommation moyenne et distance parcourue par jour d’une voiture de tourisme en 1934 (moyenne sur l’année):

 

· 1118,5 litres de carburant par an

· 3 litres de carburant par jour

· 25,5 kilomètres par jour

 

Consommation moyenne et distance parcourue par jour d’un véhicule industriel en 1934 (moyenne sur l’année):

 

· 3355,5 litres de carburant par an

· 9,2 litres de carburant par jour

· 46 kilomètres par jour

 

(Source: L’Actualité Automobile de juillet 1935)

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des années 30

Les Carburants des Années ‘30

Traction Avant 1934-1935

Couleur

Nom commercial

Firme productrice

vert

Pégase

Drasso

Cerco

Vix

Vivex

Compagnie Industrielle des Pétroles

U.F.P.P.

C. de P.

Lioté

S.P.N.M.

vert jaune

Super-Energétic

Société Générale des Huiles de Pétrole (>1954: BP)

bleu vert

Octano

R.P.N.

bleu

Azur

Splendo

D.F.

Société des Carburants du Centre

bleu foncé

Nervo Lux

Tramichel

violet

Stellizol

Mérizol

Zébrol

Super-Gaz

Aéro-Lux

L.B.C.

Société Méridionale des Pétroles

Band

Tavernier

Société Champenoise des Pétroles

rouge

Surcaf

Sam

Superma

Benzolo

Société Bordelaise des Carburants

Modiano

U.N.A.

Comptoir Industriel du Nord

rose carmin

Esso

Eco

rose

Super-Shell

Super-Record

Magic

Carmoline

Ozo

Idéal

Pulmann

Super

Roburol

Shell

Record

Propétrol

Mines de Carmaux

S.F.C.L.

Drogueries du Centre

P.E.N.

Labruyère

S.F.C.

jaune rouge

Caroline

Mines de Bruay

jaune foncé

Crémine

C.M.F.R.

incolore

Presto

Exior

Essence Sport

Super

Mines de Bruay

Excelsior

Hatzfeld

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