Ce n’est, semble t-il, pas André Sauvage qui réalisa ce film mais il fut tourné sous la direction de Léon Poirier. En un rappel au célèbre "Métropolis" et à d’autres films réalisés dans diverses usines (dont Renault), il présente une visite des Usines Citroën et du montage de la nouvelle 7 à traction avant. On y voit des presses emboutir les panneaux de la Monocoque, la soudure Eclair et tout le processus industriel, du ferrage à la mise en peinture et aux réglages finaux en bout de chaînes. Il semble que la plupart des photos d’usine du printemps 1934 soient extraites de ce film. L’enregistrement contient, parait-il, un exposé d’André Citroën lui-même. Aucune bobine survivante n’a pu être retrouvée à ce jour. Le magazine français Citropolis s’inspire de ce nom (littéralement : Cité de Citroën). Pour la petite histoire, son rédacteur en chef recherche ce film depuis plus de trente ans. Peut-être demeure t-il caché dans le tiroir d’un collectionneur sourcilleux ? En remplacement, nous vous proposons en exclusivité une photocopie noir et blanc de la brochure éditée pour l’occasion fin 1934 (référence AC 4376 pour les connaisseurs).

1° Le film fantôme "Autopolis" :

Et comme dans beaucoup d’articles de presse (agaçants) de confrères, nous répétons ce que chacun peut lire sur l’archive : le film est projeté à l'Olympia et au cinéma des Champs-Elysées de même que la Croisière jaune… d'où cet article commun.

 

Une grande partie des films Citroën a été détruite lors du bombardement du service Propagande en 1940. Ceux existants ont pratiquement tous été retrouvés grâce au réseau des succursales et concessions.

Pour finir, voici l’origine du mot "Croisière" employé pour désigner les Expéditions Citroën. L’explication a été donnée par Léon Poirier et rapportée par Georges-Marie Haardt dans "La Croisière Noire" Librairie Plon 1927 :

 

La plupart de nous considèrent le Tanezrouft comme un lieu maudit, lance Haardt.

Je ne suis pas de cet avis, dit Léon Poirier en fermant le carnet où il inscrit minutieusement ses notes cinégraphiques. Puis avec un sourire de poète, il continue :

Oui, je dois beaucoup à ce Tanezrouft diabolique, je lui dois même ce qui est sans doute le plus précieux au monde : une idée !

 

« C’était l’heure du grand mirage, où tout entre en effervescence. Je somnolais dans mon nuage rougeoyant. Tout à coup, les voitures (les autochenilles, Ndlr) qui précédaient la mienne prennent un aspect étonnant ; elles s’allongent, s’étirent ; semblant chercher une nouvelle forme, elles hésitent entre la voiture de course et le dirigeable, puis finalement se stabilisent. A n’en pas douter, ce sont des croiseurs ! Sombres silhouettes basses sur l’eau sans limite, leur sillage écume, des volutes de fumée se fondent dans la lumière, les étraves s’enfoncent dans une mer laiteuse, et ces vaisseaux étranges poursuivent leur croisière vers le pays des hommes noirs. Alors soudain, en surimpression sur l’écran infini, un titre se dessine : la Croisière Noire… »

 

La poésie fut sa marraine. Puis vinrent les Croisières jaune, blanche, rouge, bleue…

 

© 2005 Jérome COLLIGNON

3° L’origine de l’appellation "Croisière" :

2° Une mésaventure de La Croisière Jaune :

Notre propos n’est pas de nous étendre sur l’événement de "l’Expédition Citroën Centre Asie" ou "Croisière Jaune" à l’impact certes considérable au plan scientifique, anthropologique et artistique mais au sujet dépassant celui que nous nous sommes rigoureusement fixé pour ce site. Un homme, André Sauvage, eut à se plaindre de l’organisation de cette expédition. L’article de Paul Gilson que l’on va lire, extrait in extenso d’un numéro de l’hebdomadaire Ciné Monde du 22 mars 1934, relate un différend de droits d’auteur peu connu entre le réalisateur et la firme automobile. Une affaire toute d’actualité… Sauf mention particulière, les photos proviennent de l’article. A la fin, vous retrouverez quelques brefs commentaires.

 

Au mépris de l’homme… par Paul Gilson

Que devenait La Croisière Jaune ? Que devenait le film de la Mission Française à travers l’Asie ? En réponse à la carte où nous nous inquiétions de la présentation de son œuvre, voici la lettre qu’André Sauvage nous écrit :

 

Chamonix, Les Moussoux, 4 mars 1934.

Mon cher ami, vous me demandez ce que je deviens, ce que devient La Croisière Jaune. N’était la fidèle amitié que vous m’avez toujours témoignée, je vous répondrais que je n’en sais rien. Je suis venu dans ma chère montagne respirer un peu d’air pur, car je ne peux pas arriver à me débarrasser complètement d’une étrange sensation de matraquage. Enfin pour satisfaire votre bien légitime curiosité, voici où j’en suis de cet ouvrage commencé au mois de mars 1931.

 

Je vous rappelle que la mort du chef de l’expédition G M Haardt avait fait passer le droit de regard que celui-ci s’était réservé sur le film, entre les mains d’un industriel de l’automobile : M. Citroën. Après des discussions laborieuses, les deux intéressés : Pathé-Natan et Citroën se mirent d’accord sur le principe d’un film avec speaker. C’était en juin 1933. Un commentaire est composé, accepté, tournée, enregistré. Avec le musicien Jaubert, nous commençons la très minutieuse opération de la synchronisation et du mixage. Il fallait réaliser un tout avec des musiques et sons authentiques, un commentaire, une musique d’accompagnements, des bruits…

Le film est annoncé pour la fin du mois d’octobre. MM Natan le programment, lui consacrent un numéro de l’Image. Nous en étions là, nous venions, sur un film qui comporte plus de 1600 clichés, de travailler au mixage définitif pendant six heures, lorsque l’ordre fut donné de tirer immédiatement la copie standard. Ce mixage terminal était évidemment embryonnaire et à cet état du travail, le commentaire loin de servir le film, souvent le gênait. D’autre part, la musique jouait parfois à contre sens. J’enrageais d’être présenté sous cette forme. Vaines protestations. Encore humide, tronquée d’un prologue explicatif, la copie fut projetée devant M. Citroën. Cette présentation décidée en dernière heure, eut lieu, de nuit, en dehors de ma présence. J’appris le lendemain que M. Citroën refusait son bon à tirer. Evidemment …   

Quelques commentaires :

 

Nous avons pu visionner le film de la Croisière Jaune en séance privée en version longue (il existe aussi une version raccourcie) : le nom d’André Sauvage "cinéaste" ainsi que de ses assistants figure en bonne place au générique. Ce film a été présenté à la Sorbonne pour la première fois le 30 Novembre 1932 en présence du Président de la République et était ensuite visible gratuitement tous les jours de 10H à 19H au Palais Citroën de l’Europe.

 

Georges-Marie Haardt se serait, semble t-il, peu à peu dégagé de l'emprise de Citroën pour organiser cette Croisière à sa seule initiative. Dans le film, l’utilisation des chenilles souples passe bien après l’aspect "aventure humaine" diligentée et financée par le Constructeur. Ce film est au départ un film muet sur lequel, l'article ci-dessus le confirme, ont été rajoutés des commentaires. Rappelons que les années Trente voient seulement l’apparition du film parlant en Europe. D’autres articles de Ciné Monde parlent de cette évolution venue d’Amérique.

 

Cet article, au style charmant que nous affectionnons, doit son intérêt au contrepoint qu’il représente par rapport à la propagande omnipotente des Usines (et nous devons le dire, à celle actuelle, dont la nôtre !). Le côté paternaliste d’André Citroën que nous avons évoqué dans un autre article (cf. L’Esprit du Patron) exacerbé dans la création, peut donner en effet quelques conséquences fâcheuses dont celle de négliger l’homme pour mieux servir le projet. Qu’il est difficile soudain d’être ignoré par le grand Patron !! La déconvenue humoristique de Paul Gilson repose sur le décalage entre le doute de l’existence d’un humain à la tête du Quai de Javel et les apparitions récurrentes de Citroën dans la presse : on le voit partout mais existe-t-il vraiment ? A la même date, on parle beaucoup de la nouvelle 7 exposée en avant première dans les concessions (modèle à turbine Sensaud de Lavaud) mais peu l’ont vue. En prolongeant la réflexion très loin, on pourrait conclure à une suggestion de Paul Gilson : André Sauvage pourrait favorablement orchestrer la mise en scène de la vie du Patron et ainsi lui apporter une touche d’humanité !

Les travaux sont interrompus, les visages fermés. Le 22 novembre, un commis de M. Citroën m’informe que celui-ci vient d’acheter le film dans sa totalité. Le 24, le metteur en scène, M. Léon Poirier,  me fait savoir qu’il est chargé de représenter M. Citroën à l’inventaire des films qui a lieu le lendemain. Le 27, le film quitte Joinville. En ce qui me concerne, on espère « que cela s’arrangera pour moi ». Aucun autre propos n’a été échangé à mon sujet. Je livre au nouveau propriétaire le fruit de trois ans de travail et de risques : 150.000 mètres de négatifs et de positifs, représentant tous les éléments, images et sons, d’un grand film de 2500 mètres et de 24 films annexes.

 

Les travaux sont interrompus, les visages fermés. Le 22 novembre, un commis de M. Citroën m’informe que celui-ci vient d’acheter le film dans sa totalité. Le 24, le metteur en scène, M. Léon Poirier,  me fait savoir qu’il est chargé de représenter M. Citroën à l’inventaire des films qui a lieu le lendemain. Le 27, le film quitte Joinville. En ce qui me concerne, on espère « que cela s’arrangera pour moi ». Aucun autre propos n’a été échangé à mon sujet. Je livre au nouveau propriétaire le fruit de trois ans de travail et de risques : 150.000 mètres de négatifs et de positifs, représentant tous les éléments, images et sons, d’un grand film de 2500 mètres et de 24 films annexes.

 

M. Emile Natan n’imagine pas que je puisse être détaché de mon ouvrage. Il insiste dans ce sens auprès des représentants de son acheteur et n’obtient que des déclarations imprécises. J’ai compris. Le 30 novembre, prend fin le contrat qui, depuis trois ans moins un mois, me lie aux frères Natan. Et j’apprends que M. Léon Poirier, couvert par M. Citroën, dispose du film, des films, à son gré. Le droit de propriété artistique peut-il être plus authentiquement violé ? La plupart de mes collègues que j’ai saisis de l’affaire, tant à la Société des Auteurs de Films qu’au Syndicat des chefs cinéastes français, ont réagi avec indignation contre les procédés dont je suis victime. Jamais auteur de films ne l’a été au sens le plus précis et le plus complet de ces termes que moi-même en réalisant, avec mes admirables collaborateurs, Morizet et Sivel, La Croisière Jaune. Pour obtenir chacune de ces images qui ressortent de son choix, de sa direction humaine, spirituelle, son auteur a consacré trois ans de sa vie. Cette vie, il l’a risquée, et c’est au moment où il ne lui faut plus que quelques nuits et quelques jours pour les terminer, que son ouvrage, sans préavis, sans discussion, sans excuse, ne fait plus, en aucune manière, partie de lui-même. Vous conviendrez, mon cher vieux Gilson, qu’on va un peu fort, un peu plus fort même que d’habitude. L’exercice de notre métier serait-il vraiment impossible ?... Je vais scier du bois ; les nuits sont fraîches… Mes deux mains dans les vôtres.

André Sauvage

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