Cette étude permettra de répondre aux questions que l’on peut lire sur Internet ou dans les ouvrages concernant l’identification et la datation des Traction Avant Citroën. Elle complète utilement le chapitre « Chiffres de Production et Tarifs » de mon ouvrage (1). Ma 11AL sert d’exemple pour cette étude, je prie l’internaute de bien vouloir m’excuser pour ce choix facile mais conforme à ce site.

 

Jérome COLLIGNON © 2006

 

 

Introduction sur les série, coque, livraison et registre de chaînes :

 

Le numéro de série :

 

Son utilité est d’abord commerciale. Chaque année, Citroën évalue l’écoulement de sa production (par ex. une moyenne de 50000 voitures/an), fait frapper des plaques de série d’avance (par ex. une série de 000001 à 025000) et les attribue en dernier lieu aux voitures. Le comptage des numéros de série a aussi pour but de valoriser l’importance des stocks de voitures finies (en usine ou en concession) pour le bilan comptable et donc de valoriser les usines et les parts sociales pour une distribution de dividende. Ce numéro permet ensuite l’enregistrement administratif de la voiture, sa mise en circulation et l’établissement de la carte grise.

 

Comme nous l’avons déjà écrit (1), on a tendance à répertorier les voitures selon leur numéro de série et à les post ou antidater sur cette base. Pourtant il arrive fréquemment qu’une voiture, avec par exemple le numéro de série n°100272, ait été finie avant la voiture n°100045. Nous connaissons une 11A à malle borgne dont le numéro de série la rapproche du début 1936, hypothèse soutenue par son propriétaire, lequel croit détenir la rareté absolue en ceci que battant en brèche les théories des historiens, la malle borgne se serait prolongée bien au-delà du salon 1935. Malheureusement la structure même de la voiture parle pour elle : par sa coque, son tableau de bord, ses accessoires, ses montages, cette voiture est indubitablement du premier semestre 1935. On imagine mal Citroën modifier son outillage pour sortir un unique modèle anachronique alors qu’il est si simple de riveter une plaque de série plus récente…

 

En défaveur du numéro de série, s’ajoute ce que nous appellerons l’indélicatesse des années 80. Quelques voitures ont été remises en circulation avec des numéros de série erronés. Sur une voiture dépourvue de papiers, certains vendeurs ont jugé intéressant de greffer un nouveau numéro de série avec la carte grise cohérente. Et ainsi, quelques cabriolets roulent avec une carte grise de Conduite Intérieure ou quelques 11BL roulent avec un moteur et une appellation de 7C (et vice versa !).

 

La livraison :

 

Elle correspond à la mise en circulation du véhicule. Nous avons pu consulter les registres de cartes grises de différentes régions françaises. Tous révèlent la même chose : de nombreuses 7A ont encore été livrées et immatriculées en mars 1935. Il serait évidemment faux de croire que Citroën a produit des 7A à cette période. Des voitures déclarées finies en décembre 34 (c’est-à-dire entrant dans les numéros de série de 34) ne sont livrées qu’en janvier ou février de l’année suivante. Conservées en concession, elles sont dispatchées ensuite. Il est facile pour Citroën de jouer un peu sur ses chiffres, d’enjoliver ou au contraire d’assombrir sa situation.

 

Le numéro de coque :

 

Le numéro de coque est un numéro industriel attribué plus en amont, témoin de la production réelle de date à date. Sur le registre de chaînes, les voitures sont classées par numéro de coque et en bout de ligne, l’ordre des numéros de série est totalement bouleversé.

Qu’est-ce que le warrant ? C’est tout simplement de dire « monsieur le banquier, j’ai 2000 voitures presque finies en stock. Je vais percevoir 2000 fois 17700 francs. Contre une avance de caisse immédiate à taux préférentiel de 35 millions de francs, je mets ces voitures en garantie entre vos mains. Dès que j’ai l’argent des ventes, je vous rends celui que vous m’avez prêté avec un intérêt ; si je ne peux vous payer, vous vendez les voitures et encaissez les chèques ». Une façon comme une autre d’avoir de la trésorerie d’avance…

 

Le numéro de carrosserie :

 

Il est frappé à froid sur la traverse avant sous le siège passager pour les berlines. C’est le premier marquage apposé sur la coque après le ferrage et avant la peinture et la sellerie. En toute logique, il doit permettre de sérier les différentes carrosseries BPV, RPV, CPV. Ainsi ce numéro est souvent inférieur au numéro de série.

 

Les berlines 7 ou 11 possèdent des numéros "normaux" pouvant aller jusqu’à "00000". Les berlines 7S et 11AL sont en "000-S" avec le S pour Sport qui différencie le montage d’un moteur plus puissant, ceci au moins jusqu’à la modification de la traverse fin 1935.

 

Et comme ce site est à l’avant-garde de la connaissance des Traction, un peu d’inédit :

 

Considérés comme des séries spéciales Concours d’Elégance (voir plus bas), les roadsters sont en "000-X". Chaque voiture comporte un numéro frappé à froid non pas sur la traverse mais sur la face antérieure du volet d’auvent. En ouvrant l’un des deux volets (souvent le gauche mais parfois les deux), le numéro apparaît. Sur la traverse, on retrouve parfois un rappel du numéro de coque. De nombreux roadsters sont reconstruits avec des pièces de berline. Parfois lors de restaurations dans un "esprit d’authenticité", la traverse de la berline et son numéro de carrosserie bien visible sont greffés sur le roadster, ce qui est amusant, mais ne trompe pas l’historien. Le "X" est visible à d’autres endroits cachés pour mieux distinguer ces voitures d’exception.

La plaque est apposée lorsque la voiture a reçu son bloc moteur. Au cours du temps, ce numéro sans impact sur l’enregistrement préfectoral est resté intouché. Lors d’une transaction, c’est le seul élément permettant à l’historien de repérer certaines supercheries et de passer discrètement son chemin…

 

Ne voyant aucune raison à ce que ce processus ait été modifié entre 1934 et 1957, nous vous présentons ici une photo bien connue datée du 19 juillet 1957 de la dernière Traction. L’employé est en train de poinçonner le numéro de coque (reconnaissable à son unique libellé).

 

Notons qu’il est plus facile et moins coûteux pour un Constructeur de valoriser un stock de voitures inachevées qui devient alors un assemblage non commercialisable dispensé de taxes ou de mettre de côté des voitures finies non sériées qu’on peut ensuite warranter.

Nous avons à notre disposition le registre des numéros de carrosserie dédiés aux roadsters, année après année jusqu’en 1940. Encore un indice pour aider à authentifier un vrai roadster d’un faux… Afin de ne pas encourager de copies sauvages, nous ne les divulguerons pas. Notons d’ailleurs que ce numéro a peu d’importance au regard des spécificités structurelles de ces voitures indispensables pour que leur soit appliqué le qualificatif "authentique". Le "revival" a heureusement ses limites. Un œil exercé repèrera facilement une soudure récente.

 

Le numéro de moteur :

 

Chaque moteur comporte une plaque de série, une date de fonderie frappée à froid sur le bloc et un numéro d’ordre moulé. Deux ouvrages donnent ces numéros : Le Guide Traction (1) et l’ouvrage de Pierre DENIS page 240 pour l’édition 1947. Grâce aux constatations de notre ami Dominique Peter, il semblerait que des blocs de remplacement de type 1934 aient été fondus tardivement (vers 1937-1938). Ils comportent alors toutes les caractéristiques techniques connues mais une date de fonderie plus récente.

 

Le numéro de boîte de vitesses :

 

En BX, BY, BZ, BK, je pense que son lettrage doit correspondre aux modifications apportées à la série, voire au type du couple conique 8x31, 9x31, 10x31 monté, mais cela reste à confirmer.

 

Divers :

 

Les Traction comportent des numéros de train avant et d’essieu arrière dont l’étude ne nous a pas paru primordiale à cause du risque d’interchangeabilité.

Conclusion :

 

Le numéro de série n’est pas un numéro fiable. Il est donc vain, dans l’impossibilité (et c’est heureux !) de consulter les archives Citroën, de se lancer dans la constitution d’une table de calcul selon le principe : 30000 numéros de série produits divisés par 11 mois (les usines étant fermées au mois d’août), pondérés par des semaines de 50 heures, auxquelles on retire les jours fériés religieux, etc. etc.

 

Le numéro de carrosserie n’est pas plus fiable en raison d’une possibilité de réfection totale de la traverse ce qui est hélas fréquent : on découpe la tôle et un numéro historique disparaît à la poubelle. Il est vrai que l’Histoire n’intéresse pas grand monde… tant que ça roule, n’est-ce pas ?! Il en va de même pour le numéro de moteur et de trains en raison de la facilité d’interchangeabilité durant la vie utile de la voiture ou sa restauration.

 

Seul le numéro de coque constitue une base d’étude solide. Quid d’un répertoire exhaustif ? Une ébauche a été livrée (1) grâce aux numéros relevés sur les survivantes. Ici encore, nous nous demandons pourquoi personne ne s’est penché sur ce sujet capital.

 

Hypothèse : il y a fort à parier que les numéros ont été différenciés selon l’une ou l’autre des deux chaînes de montage de Javel. Ainsi pour les 11AL et 11BL on trouve deux lettrages simultanés : AR et AJ puis dans les années cinquante, BR et BJ. En 1934, les coques des 7C étaient en AB ou AN puis en 1935, en A suivi d’une autre lettre. Les 11A étaient en ET pour les premières et en E suivi d’une autre lettre par la suite. Les rares 11AM ont été en AI, les premières 15CV en EI ou EE, etc. Chaque découverte pouvant évidemment tout remettre en question…

 

Dire que « chez Citroën, on ne s’y retrouve pas toujours », c’est oublier un peu vite la réalité d’une organisation industrielle complexe. Il y a toujours une logique et une explication : il faut simplement les trouver. Les trouverons-nous ?

Zone de Texte: suite de l’article: L’étude industrielle d’une 11AL de 1934

L’Identification des Traction

Traction Avant 1934-1935

Zone de Texte: L’Esprit 
d’André Citroën
Zone de Texte: L’emploi du temps 
d’André Citroën
Zone de Texte: Etude industrielle
d’une 11AL de 1934
Zone de Texte: Dépositaires 
de l’Esprit? (1) (2)
Zone de Texte: Plans techniques
de la 22V8 (1) (2)
Zone de Texte: Les roadsters: authentique ou copie? 
Zone de Texte: Le Guide Traction
1934 -1942
Zone de Texte: Les publications Collignon et Loos
Zone de Texte: PUBLICATIONS
Zone de Texte:
Zone de Texte: Les errata des
publications 
Zone de Texte: Les 70 ans de la TA 
à Versailles (1)  (2)
Zone de Texte: La restauration d’une 7 Sport 1934
Zone de Texte: Les 70 ans de la TA 
à Dunkerque  
Zone de Texte: La restauration d’une 11AL 1934
Zone de Texte: La fixation sécurisée
du cache roue
Zone de Texte: La couleur vert
moteur 1934
Zone de Texte: Clignotants dans les ailes arrières
Zone de Texte: Rencontres autour des Traction
Zone de Texte: La Succursale 
de Lyon
Zone de Texte: La Succursale de la Place de l’Europe
Zone de Texte: Le restaurant Lecot
à Rochetaillée
Zone de Texte: Le 31 rue Octave
Feuillet à Paris
Zone de Texte: Le Bistrot d’André à Paris XV
Zone de Texte: Voyage en Corse 
en 7S (2007)
Zone de Texte: Zone de Texte: Zone de Texte: Zone de Texte: La Succursale 
de Bruxelles
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