Suite au développement considérable de l’ancienne succursale de Lyon, répartie sur 2 sites, il fallait se décider d’adapter ces localités aux besoins accrus. Elle était constituée du tout petit magasin de vente, merveilleusement situé au 4, place de Viste, à l’entrée de la prestigieuse avenue de la République ainsi que des misérables ateliers de réparation, comprenant le magasin des pièces détachées et les services techniques et administratifs situés dans la banlieue lyonnaise au 147, rue des Culattes.

1° L’ancienne Succursale de Lyon

Le Patron décida au début des années 30 la construction d’un grand immeuble regroupant toute l’activité sous un seul toit. Mais bien que le nouveau monument en béton, acier et verre aurait pu sans aucun problème suffire à l’activité Citroën de la région de Lyon, André Citroën ne voulait pas abandonner le centre-ville. La recherche d’un nouvel emplacement pour un magasin rue de la République ne donnant pas de résultats, le Patron se résolut de garder cette vitrine prestigieuse et de la remettre en état. L’histoire avait  mal tourné, car la bâtisse avait dû être entièrement reconstruite avec un dépassement faramineux du devis initial. Sur la photo ci-dessous à gauche, nous voyons le magasin nouvellement construit avec sa belle décoration « 7 », « 11 » … et « 22 », avec une 7 (de démonstration ?) prenant la route.

Le nouveau Garage Citroën, concipé en 1930 et achevé deux ans plus tard en 1932, est un des symboles de l’apogée d’André Citroën du début de ces années 30. C’est un vaste quadrilatère en béton armé de 130 mètres de longueur (entre l’avenue Félix Faure et la rue de l’Université) sur 52 mètres de largeur (entre la rue de Marseille et la rue Béchevelin). Le bâtiment développe 535 mètres linéaires de façades délimitant une surface couverte totale de 4 hectares répartie sur 6 étages. Sa superficie totale au sol est de 0,65 hectares. Sa construction nécessita 8300 mètres cubes de béton armé, 1380 tonnes d’acier et 690.000 mètres carrés de coffrage.

Ses façades sont rythmées par l’opposition entre les volumes constructifs et le graphisme des portes et des fenêtres. Les escaliers principaux sont présents dans les 5 tours d’angles qui figurent les principaux éléments décoratifs du bâtiment. A l’époque, il était présenté comme « la plus grande Station Service d’Europe ». Certaines contraintes avaient été imposées aux concepteurs comme la forme trapézoïdale du bâtiment voulue par la voirie.

 

Le concepteur de cette construction fut Maurice Jacques Ravazé (1885 - 1945), architecte en chef du Service Architecture des Usines depuis 1923, et assisté par les architectes Wybo et Lagrange et l’ingénieur-conseil Bergerot. Le fournisseur de la grande verrière, des portes métalliques, des rampes et balustrades ainsi que des cabines d’ascenseurs en tôle pliée était Jean Prouvé (1901 - 1984), grand artiste ferronnier, designer d’avant-garde et détenteur d’une multitude de brevets.

 

Jean Prouvé dont les ateliers étaient situés rue des Jardiniers à Nancy, exploitait les propriétés du pliage du métal à échelle industrielle et l'adaptait ainsi à des utilisations nouvelles encore inconnues à l’époque. Il étudiait en outre des prototypes de mobilier dont les structures solides étaient articulées par des mécanismes astucieux (chaises pliantes et fauteuil inclinable en 1930) empreints d’une esthétique particulière qui le faisait reconnaître par les milieux d'avant-garde. Ce même esprit de recherche empreint de logique et de simplicité lui faisait mettre au point des systèmes de bloc portes en tôle montées sur tube-pivots, de fenêtres équilibrées à guillotine, de cloisons amovibles et adaptables. Il est tout à fait clair que cet artiste ferronnier était prédestiné à travailler pour le Patron.

L’architecture grandiose imposait (et impose toujours de nos jours) par des baies vitrées énormes intégrées dans une façade nécessitant un minimum de points d’appuis, donnant une légèreté toute particulière à l’édifice. C’est à Lyon que la maladie du gigantisme d’André Citroën se manifesta à son paroxysme.

 

Le Patron, contrairement à ses habitudes, ne put jamais se rendre à Lyon au cours des travaux. Il ne découvrit sa succursale que quelques mois après la mise en service en 1932. L’inauguration officielle n’eut jamais lieu à la date prévue, en raison de la mort de Georges-Marie Haardt pendant la Croisière Jaune le mercredi 16 mars 1932. D’ailleurs, cette inauguration officielle reportée n’aura jamais lieu...

 

L’architecture Citroën de cette période rejetait toute formule périmée. Libérée de toute entrave dans son expression, elle ne s’inspirait que des logiques de sa destination: les baies vitrées étaient hautes et larges et toutes les lignes étaient droites et simples. Les arcs, considérés comme un mensonge architectural dans un bâtiment en fer et en béton armé, disparaissaient.

 

Une des missions du Service Architecture Citroën était de conseiller les concessionnaires dans l’agencement fonctionnel de leur garage et contribuer ainsi à renforcer l’identité de la Marque. Le client devait sentir toute la modernité et l’esprit d’innovation Citroën dans la conception des espaces d’accueil, des façades et de l’éclairage nocturne.

 

Le style Citroën s’illustrait par de grandes réalisations tant à Paris (Pavillon Citroën à l’Exposition coloniale de 1931, le garage Marbeuf et le fameux salon d’exposition des Champs Elysées) qu’en province (Lyon, Toulouse, Strasbourg, Bordeaux ) et à l’étranger (Saigon, Sydney). En 1932, on avait même envisagé de construire une « Ville Citroën » pour la concession de la Place de l’Yser à Bruxelles, un complexe encore plus abouti que le magasin de la Place de l’Europe à Paris, mais qui ne sera malheureusement jamais réalisé.

3° Plan d’occupation de la Succursale:

Hall d‘exposition vue de l’intérieur (vue du point A)

Troisième étage

 

- l’atelier de carrosserie d’une capacité de 110 voitures avec 3 cabines de peinture ventilées, une ponceuse mécanique sur pont roulant et des polisseuses électriques

 

Quatrième et dernier étage

 

- le stock de voitures neuves en attente de livraison

 

A côté des rampes d’accès, les véhicules disposaient d’ascenseurs pour voitures séparés. Le personnel (plus de 300 employés et ouvriers) et les marchandises pouvaient avoir recours à des ascenseurs respectivement monte-charges.

 

Guy LOOS  © 2003

Hall d’exposition, vue intérieure

(vue à partir du point C)

Collection Citroën

Deuxième étage

 

- l’atelier de réparation mécanique d’une capacité de 130 voitures avec comme innovation la disposition des voitures les unes derrière les autres et non à côté des autres, ce qui avait comme avantage des mouvements de voitures et d’ouvriers plus aisés, mais nécessitait nettement plus de place. On disposait également d’un banc d’essai pour moteurs.

- la section électrique avec un local particulier pour le chargement des accumulateurs

2° La plus grande « Station de Service » d’Europe 

Le 10 Mai 2002, de passage dans la région lyonnaise j'ai décidé de chercher et de visiter le magasin Citroën de la rue de Marseille appelé encore Succursale de Lyon.

 

Le bâtiment existe toujours. Il est inscrit à l'inventaire des monuments historiques. Jouant les faux clients, je me suis baladé dans les étages et les coursives de ce grand vaisseau sans être inquiété. La vague rouge et blanche l'a quelque peu défiguré. Je n'ai pas vraiment retrouvé d'éléments d'époque, si ce n'est la configuration des lieux intacte. Je me suis imaginé les ateliers emplis de C4 puis de Rosalie puis de Traction. L'immense porte centrale à battant était actionnée par des moteurs électriques. Il semble que le mécanisme ait été changé pour un plus moderne et plus économique.

 

Vous trouverez ci-après quelques photos prises à la sauvette et des photos d'époque. Je recommande néanmoins cette visite dans un des derniers témoins de la puissance de la Marque. C'est que si Javel était l'Usine la plus moderne d'Europe, Lyon était la plus grande Station Service d'Europe ! Ensuite vint Bruxelles mais ceci est une autre histoire…

Jérome COLLIGNON  © 2003

5° La plus grande « Station de Service » jadis et aujourd’hui:

 

Rez-de-chaussée

 

- le hall d’exposition pour voitures neuves, de taille monumentale par sa hauteur intérieure de 15 mètres et sa façade vitrée de 300 mètres carrés    

- le hall du public de 15 sur 100 mètres, d’une hauteur de 11 mètres

- le départ et l’arrivée des 2 rampes d’accès superposées en béton, à sens unique par lesquelles les voitures pouvaient gagner les étages respectives

- les magasins de pièces détachées

- la station de service disposant d’un appareil de réglage de freins, de quatre élévateurs de puissance moyenne, d’un élévateur de 10 tonnes, d’une installation de graissage à air comprimé

- la station de lavage muni entre autres d’une fosse avec lances à eau d’une pression de 21 (!) bars pour le nettoyage des châssis

- le bureau de réception et la comptabilité

Collection Citroën

Entresol

 

- la direction

- les services techniques, administratifs et commerciaux

- la livraison des voitures neuves

- l’atelier de mise au point

 

Premier étage

 

- les voitures d’occasion

- l’atelier de rénovation des voitures d’occasion

Premier étage

Deuxième  étage

Hall d’accueil des voitures avec les rampes au fond

(vue à partir du point B)

Collection Citroën

Collection Citroën

Station de lavage des voitures à haute pression

(vue à partir du point D)

Les grandes rampes en 1932

 70 ans plus tard, vue d’en bas

Collection  J. Collignon

Collection Citroën

L’entrée des voitures en 1932

L’ancienne entrée en 2002

Collection Citroën

Rampes d’accès (même façade vue sous 2 angles différents)

Les rampes se trouvent du côgauche de l’entrée

Le hall d’exposition des voitures

Imposant mais aussi léger

L’architecture Citroën des années 30

L’entrée des voitures, large de 15 mètres, pouvait être fermée par une porte accordéon à douze vantaux d’un poids total de 14 tonnes mue par un moteur électrique de 10 kW (image de gauche).

De là partaient respectivement arrivaient deux rampes superposées en béton, à sens unique, situées sur une des longueurs du quadrilatère, et par lesquelles les voitures pouvaient gagner facilement tous les étages (image de droite).

Collection Citroën

Collection Citroën

Le grand hall des voitures en mai 2002, vue dans l’autre sens

Le hall d’accueil des voitures avec les rampes au fond

Collection  J. Collignon

Collection Citroën

Photo prise juste après l’ouverture en 1932

Collection  J. Collignon

Collection Citroën

État des lieux en 2002

4° Visite de la Succursale de Lyon (10 mai 2002):

Plan de cette page:

1° L’ancienne Succursale de Lyon

2° La plus grande « Station de Service » d’Europe

3° Plan d’occupation de la Succursale

4° Visite de la Succursale du 10 mai 2002

5° La plus grande « Station de Service »  jadis et aujourd’hui

Premier magasin Citroën place Le Viste en plein quartier des affaires. On y est bien à l’étroit !

Collection F. Sabatès et G. Blanchet

Zone de Texte: L’Esprit 
d’André Citroën
Zone de Texte: L’emploi du temps 
d’André Citroën
Zone de Texte: Etude industrielle
d’une 11AL de 1934
Zone de Texte: Dépositaires 
de l’Esprit? (1) (2)
Zone de Texte: Plans techniques
de la 22V8 (1) (2)
Zone de Texte: Les roadsters: authentique ou copie? 
Zone de Texte: Le Guide Traction
1934 -1942
Zone de Texte: Les publications Collignon et Loos
Zone de Texte: PUBLICATIONS
Zone de Texte:
Zone de Texte: Les errata des
publications 
Zone de Texte: Les 70 ans de la TA 
à Versailles (1)  (2)
Zone de Texte: La restauration d’une 7 Sport 1934
Zone de Texte: Les 70 ans de la TA 
à Dunkerque  
Zone de Texte: La restauration d’une 11AL 1934
Zone de Texte: La fixation sécurisée
du cache roue
Zone de Texte: La couleur vert
moteur 1934
Zone de Texte: Clignotants dans les ailes arrières
Zone de Texte: Rencontres autour des Traction
Zone de Texte: L’identification des Traction
Zone de Texte: La Succursale de la Place de l’Europe
Zone de Texte: Le restaurant Lecot
à Rochetaillée
Zone de Texte: Le 31 rue Octave
Feuillet à Paris
Zone de Texte: Le Bistrot d’André à Paris XV
Zone de Texte: Voyage en Corse 
en 7S (2007)
Zone de Texte: Zone de Texte: Zone de Texte: Zone de Texte: La Succursale 
de Bruxelles
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La Succursale Citroën de Lyon

Traction Avant 1934-1935